Changer son vieux frigo, son vieux lave-linge, son (vieux) mobile… ou pas ?

Changer son vieux frigo, son vieux lave-linge, son (vieux) mobile… ou pas ?

Du fait de l’évolution des techniques de production plus respectueuses de l’environnement, des nouveaux appareils électroménagers moins consommateurs d’énergie, faut-il emmener son vieux frigo ou sa vieille machine à laver à la casse ? La réduction de la durée de vie de nos appareils est-elle nécessairement nocive ? Et nos vieux appareils qui fonctionnent encore passé 15 ou 20 ans sont-ils des aberrations écologiques ?

Je pars ici du principe que l’obsolescence programmée est belle et bien factuelle mais pas forcément sous l’angle auquel on pense. Car il existe différentes formes d’obsolescence.

Nous avons en tête l’obsolescence programmée définie par l’ADEME comme « un stratagème par lequel un bien verrait sa durée nominative sciemment réduite dès sa conception limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique ». Mais il existe aussi l’obsolescence technique (le produit devient dépassé lorsqu’une nouvelle édition se présente sur le marché), l’obsolescence par la qualité (fournitures à bas prix qui se cassent sans être réparables) ou encore l’obsolescence de désirabilité (le produit fonctionne mais n’est plus au top de la mode). 

Hélas, nos comportements de consommateurs jouent un grand rôle à cet endroit. Par nos achats compulsifs nous favorisons ces obsolescences. Nous sommes avides des derniers vêtements à la mode ou derniers téléphones. Nous devenons alors complices de l’obsolescence. 

Si l’on prend en considération l’ensemble du cycle de vie des produits c’est-à-dire depuis leur production jusqu’à leur recyclage, quel impact écologique engendrons-nous par le changement plus régulier de nos appareils électriques ? Faut-il garder ses appareils ménagers le plus longtemps possible en les faisant réparer (même s’il consomme beaucoup à l’usage) ou faut-il changer régulièrement nos appareils pour bénéficier de nouvelles techniques plus écologique ? That is the question… Prenons trois exemples : le lave-linge, le réfrigérateur et le téléphone portable.

Le lave-linge 

Selon l’Insee, pour l’année 2013, 96% des foyers français possédaient un lave-linge. Il fait partie des équipements fondamentaux du domicile (derrière la télévision à 97% !?). D’une durée de vie entre 12 et 15 ans en moyenne, cet outil du quotidien a plutôt une vie « longue ». De mon point de vue, on est dans la plaque. Notre premier lave-linge a bien fonctionné 12 ou 13 ans sans être spécialement ménagé. 

Composition d'un lave linge
Composition d’un lave-linge

La fabrication d’un lave-linge utilise principalement des métaux pour plus de 50% et du béton sous forme de contre-poids à plus de 30%. Ceci reste une moyenne puisqu’on enregistre évidemment des différences entre matériels « haut de gamme » et « bas de gamme ». Quoi qu’il en soit, un lave-linge dans sa fabrication contribue à la diminution des ressources naturelles et au réchauffement climatique. Ceci dit, 100 % des métaux contenus dans nos appareils sont recyclés et une grande partie des plastiques et béton l’est aussi

Les études nous prouvent, de fait, que la majeure partie des impacts environnementaux d’un lave-linge est liée à son fonctionnement. C’est donc lorsqu’on lave notre linge qu’on pollue le plus ! Et ceci est d’autant plus vrai lorsque l’origine de notre énergie électrique est principalement fossile (genre le nucléaire chez nous). 

Changer son vieux lave-linge pour un autre moins énergivore est donc conseillé. Ceci est surtout vrai lorsque l’on passe d’une catégorie énergétique de classe C à une classe A++. Le gain en consommation d’énergie et en eau gommant sur la durée l’impact écologique de la fabrication et du recyclage dudit appareil. En conclusion si votre appareil est vieux changez-le pour une classe A++ et recyclez-le en déchetterie (c’est de là que le recyclage est le plus optimisé).

Le réfrigérateur

Présent dans tous les foyer, nous comptons même parfois plusieurs frigos par maison. Certains en ont un de secours dans le garage pour l’été (barbecues arrosés oblige ;)).

Leur particularité est qu’ils sont branchés 24h/24, consomment donc en continu et de plus en plus en vieillissant (eh bah oui, ils ne s’améliorent pas en vieillissant). En moyenne ils vivent 11 ans. Bon là, chez nous, nous sommes hors norme. Le mien a 24 ans…et oui mesdames et messieurs vous avez bien lu, je n’ai pas fait de faute de frappe. Et même qu’il a survécu à 9 déménagements ! Bon, j’avoue il a été bricolé une ou deux fois…Mais il marche impeccable ! 

Composition frigo
Composition réfrigérateur

Ce matériel se compose à plus de 66 % de métaux issus de nos ressources naturelles. La partie écologiquement dangereuse pour la planète restant celle des fluides réfrigérant. Cependant nous savons aujourd’hui les recycler efficacement. Comme pour le lave-linge, les métaux sont largement réutilisés. 

Branchés 24h/24, la demande en électricité devient la principale source des impacts environnementaux. C’est à dire que 80 % de l’impact environnemental d’un frigo, tout au long de son cycle de vie, est dû à sa consommation en électricité. La production de l’appareil et son recyclage n’intervenant que dans 20 %. Ce qui fait que par exemple, dans mon cas, acheter un frigo A++ serai rentabilisé écologiquement en deux ans ! Le gain en consommation à l’utilisation gommerait en deux ans les effets néfastes de la production et du recyclage. Il faut donc vraiment que je me penche sur la question de mon vieux frigo. Souvenez-vous du prix qu’il me coûte à l’année : https://www.mamaisonsurlaterre.fr/tests/23-appareils-menagers-pour-mon-confort-a-quel-prix/ Ca vaut le coût d’aller regarder ce qui se vend désormais. Même si ça va être dur de m’en séparer, quand même le frigo de mon 1er appart’. Les souvenirs de la vie étudiante et tout et tout…Bref, je m’égare 😉

Le téléphone portable

La palme du taux de renouvellement est facilement attribuée à nos chers téléphones portables. Toujours plus de fonctionnalités, de performances, nous tombons en plein dans le panneau de l’obsolescence de désirabilité dès qu’un nouveau modèle apparait. Hors batterie, la durée de vie d’un téléphone est de 7 à 10 ans. La durée d’usage, elle, est de 18 mois à 2 ans ! Impressionnant n’est-ce pas ? Bon, je suis encore en hors normes, mon Smartphone a au moins 5 ans (après un changement de batterie évidemment).

Composition téléphone portable
Composition téléphone mobile

Un téléphone est composé de multiples matières et notamment de métaux, minerais et terres rares dont certains seront en voie d’épuisement d’ici 30 ans. Ils sont aussi composés d’arsenic, métaux lourd ou mercure qui ne sont pas vraiment les meilleurs amis de nos éco-systèmes. C’est donc tout naturellement que vous avez deviné que  la production de nos téléphones est dramatique pour notre environnement ! L’origine de son impact écologique est à 80 % issue de son cycle de production (pour un téléphone mobile simple). Mais pour un Smartphone de type iPhone 4, l’impact écologique de sa production est réduit à 56 %. Son utilisation étant plus poussée (application, etc…) celle-ci impacte pour 33 % dans le cycle de vie global. L’effet production est donc gommé par l’effet utilisation, mais ça ne change rien au problème !

Nous sommes face à un cercle vicieux : les producteurs essayent de moins polluer en réduisant le poids des appareils et en utilisant de nouveaux composants. En même temps qu’ils améliorent les fonctionnalités, les prix baissent. Donc on change plus souvent de téléphone, donc l’impact écologique augmente malgré une baisse de ressources utilisées.  Donc c’est dramatique…J’avoue que du point de vue du changement si fréquent de téléphone je reste sceptique. Dépenser 500 à 700 € n’effraie personne pour avoir le dernier Smartphone à la mode mais passer son alimentation au bio est inenvisageable car trop cher ! Bref, c’est un autre débat…je déborde 😉

La production des téléphones prend une telle place dans l’impact écologique de son cycle de vie, que c’est une vraie folie d’en changer tous les deux ans. À savoir que pour ces derniers nous n’avons pas encore de recul sur le recyclage puisqu’ils sont souvent conservés  et transmis dans la famille ou envoyés vers des pays en voie de développement. Mais nous ne sommes pas à l’abri de découvrir la catastrophe du non recyclage de ces objets. Affaire à suivre !

Conclusion

Avoir une durée de vie relativement courte sur un appareil n’est pas forcément une mauvaise chose si l’on analyse l’ensemble du cycle de vie de chacun.

  • un vieil appareil, dont l’utilisation au quotidien impacte fortement l’ensemble de son cycle de vie, doit plutôt être changé. Et s’il y a changement c’est pour passer sur une gamme très peu consommatrice d’électricité de classe A++ (et donc peu consommatrice d’énergie fossile vu notre forte utilisation d’électricité nucléaire dans le pays). 
  • un appareil récent, comme un téléphone mobile, génère de graves catastrophes écologiques dans sa production et contribue à la raréfaction de nombreux minerais et terres rares. Et je ne parle pas des catastrophes sociales dans les pays où nous exploitons les carrières de minerais 🙁 

La réponse aux questions du renouvellement de nos appareils est donc à regarder au cas par cas. Il n’y a pas de solution toute faite ou de grandes règles à appliquer simplement.

La grande difficulté réside aussi dans nos moyens financiers. Changer pour un frigo neuf ou un lave-linge neuf, peut être rentable écologiquement parlant mais pas financièrement…J’entends qu’il ne faut pas toujours attendre de rentrer rapidement dans ses frais sur la consommation électrique par exemple. 

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous changé un appareil récemment ? Avez-vous mesuré un gain de consommation ?? Partagez nous vos expériences dans les commentaires tout en bas ou alors sur Facebook

Sources : « Enjeux éthiques de l’obsolescence programmée – Bénéfique pour l’environnement et nos finances ? » de Jean-François Marenne // études de l’ADEME // « L’environnement en France » Edition 2014- Service de l’observation et des statistiques du Ministère de l’Ecologie du Développement Durable et de l’Energie.

2 Commentaires

  • Bruno

    Bonjour,
    le nucléaire n’est pas une énergie fossile

    • Emmanuelle

      Bonjour Bruno,

      Actuellement, les centrales énergétiques nucléaires fonctionnent sur le principe de la fission nucléaire et utilisent l’uranium comme combustible. Or, cet uranium se forme uniquement lors des supernovae. Sur Terre, l’uranium est donc une ressource fossile et limitée.

      C’est un point de vue que je partage. D’autres ne l’entendent pas de cette oreille 😉

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