[Résumé] LE SYNDROME DE L’AUTRUCHE  Pourquoi notre cerveau veut ignorer le changement climatique ?

[Résumé] LE SYNDROME DE L’AUTRUCHE Pourquoi notre cerveau veut ignorer le changement climatique ?

Vaste question n’est-ce pas ? A mon sens le titre est suffisamment évocateur pour tous nous interpeller. En tout cas, moi, il m’a interpellé 😉

Car c’est une question qui me taraude depuis longtemps. Comment face à toutes ces preuves scientifiques, nous pouvons rester les bras ballants à garder nos bonnes vieilles habitudes et à être persuadé que changer nos habitudes seraient identiques à revenir à l’âge de pierre… C’est d’ailleurs l’introduction faite par Cyril Dion dans son film (et son livre) Demain.

Neurosciences

J’avais bien quelques pistes pour répondre à cela, notamment celle évoquée dans l’introduction du livre de Georges Marshall qui concerne notre fameux ami le cerveau ! Et oui, notre appareil psychique et cognitif nous joue un tour pendable dans cette affaire. Et nous allons voir comment. Sachez déjà que notre cerveau, sous action de la peur, déclenche un ensemble de réactions qui nous permet de ne voir que ce que l’on veut bien voir….On se plante la tête dans le sable tous les jours, et de là tout s’enchaîne 😕

Georges Marshall découvre lors de ses rencontres avec des populations atteintes par des ouragans, des groupes fermement anti-écologiques ou tout simplement grâce à l’étude de la pression sociale des groupes auxquels nous appartenons, que pour déclencher une réaction de nos cerveaux nous avons besoin d’élaborer des récits d’avenir acceptables pour le plus grand nombre.

Car concrètement, même après avoir essuyé un terrible ouragan, les habitants d’une ville ne souhaitent pas entendre parler de réchauffement climatique comme étant la cause des catastrophes météorologiques. Ils ne souhaitent parler que du merveilleux élan de solidarité rencontré ensuite, de leur volonté de reconstruction au même endroit et de reprendre leur vie « normale, comme avant ». Sans vouloir imaginer que ce genre de catastrophe va se reproduire encore et encore car c’est tout bonnement inacceptable pour eux (et leur cerveau !)…

Sans compter qu’en question de météo, on a tous notre grain de sel à donner…C’est un domaine où chacun y va de son expertise ! Et chacun d’en tirer des conclusions en fonction de ses croyances vis à vis du réchauffement climatique. En gros, quand on croit au réchauffement climatique on trouve que la météo est vraiment différente et quand on y croit pas…on dit que c’est pareil qu’avant ou alors qu’on rentre dans un cycle naturel. Bref, on tourne en rond ! L’autruche encore et toujours….

Car en plus de notre touche personnelle, on rajoute la couche du poids social et culturel. Je m’explique : notre environnement social, les personnes à qui nous faisons confiance (amis, famille, source d’informations diverses) peuvent prévaloir sur des affirmations d’expert. Eh oui, ce n’est pas joli joli mais c’est comme ça que notre cerveau fonctionne. Selon les orientations de pensées et d’avis sur les changements climatiques, vous y croirez… ou pas ! Quelles que soient les preuves scientifiques que l’on peut vous apporter à ce sujet. Notre opinion est donc aisément « contaminée » par notre environnement dans la mesure où notre réflexe de survie, qui nous vient de milliers d’années, est de rester dans le groupe et de s’y conformer pour survivre aux dangers externes. Notre réponse individuelle face à un danger est édictée par les codes sociaux de notre environnement.

Pour ne pas vous mentir, ça me fait froid dans le dos ! Nous serions donc, en quelque sorte, un bon vieux troupeau de moutons !? Apeuré de nous mettre en danger mortel si jamais nous ne portions pas la même opinion que le groupe social auquel nous appartenons…Moutons donc !

Sachant que chaque groupe (de moutons) se croit plus fort que les autres groupes. Notre personnalité et nos comportements se forgent en fonction des personnes à qui nous souhaitons ressembler et de celles à qui nous ne voulons pas ressembler…Une fois choisi, nous collons notre opinion et nos croyances au groupe afin de s’y conformer et surtout d’y rester intégré. C’est la pression sociale : ne réfléchissez pas on a déjà pensé à tout, faites comme les autres et puis c’est tout.

Néanmoins, nous avons des circonstances atténuantes. Car quel est donc cet ennemi que le réchauffement climatique ? Comment l’identifier factuellement ? Impossible puisque ses sources sont multiples ! Et c’est un véritable problème pour se mettre sur le chemin de la lutte. Surtout, que nous avons le mauvais rôle, puisque nous sommes les méchants de l’histoire, les initiateurs de ce mal profond et insidieux que nous n’arrivons pas à palper. Et ça, bon nombre d’entre nous, ne veulent pas l’entendre 😉 Qui a envie de s’attribuer le fait du réchauffement climatique par ses actes du quotidien ? Honnêtement, on trouve tous un alibi et un milliards d’excuses et d’arguments pour prouver que nous, tout seul, ne pouvons être à l’origine de cela…Bref, des moutons dans le déni avec la tête dans la sable en plus ! 

Par ailleurs, notre cerveau ne sait pas appréhender un risque qui ne soit pas immédiat avec un « fautif » identifié clairement. Pour exemple, dans son système de défense et de survie, il est prêt à réagir rapidement à un lion qui se présente dans les environs et qui risque de nous manger tout cru….mais pas d’un changement qui se fait petit à petit, insidieusement et qui va chaque année provoquer une sécheresse qui va finir par nous affamer tous par manque de nourriture animale et végétale… En gros, le réchauffement climatique c’est sournois et notre cerveau ne sait pas traiter ça et se battre contre ce type de menace. Aucun processus d’alerte développé par notre cerveau tout au long de notre évolution, qu’il soit inné ou intuitif, ne se met à clignoter pour nous prévenir du danger.

De fait, le changement climatique est abstrait, distant et contesté. De surcroît, sa résolution semble passer par une baisse de notre niveau de vie et de sa qualité, ce qui est inacceptable pour la majorité. Abandonner nos acquis et nos habitudes est profondément inenvisageable pour une majorité d’entre nous. Surtout que notre quotidien, ici en Europe, ne semble pas affecté par le réchauffement climatique alors pourquoi s’inquiéter de quelque chose qui arrivera (peut-être) dans longtemps ? Re-tête dans le sable !

On choisit d’être optimiste ou en tout cas de se concentrer sur nos tracas du quotidien car toutes ces informations anxiogènes nous amènent à l’image de notre mort. Et là, on attaque dans le dur. On ne peut envisager notre mort de façon sereine et confiante, on rentre dans la peur et le déni afin d’enjoliver l’histoire et surtout on pense toujours que nous, on va s’en sortir car on est plus fort que le voisin. Le réchauffement climatique : ce n’est pas si grave après tout.

Notre peur nous pousse même à penser que de toute façon, même les scientifiques ne sont pas d’accord entre-eux et qu’on est sûr de rien. Donc l’incertitude nous fait penser qu’il n’y a pas péril en la demeure. Ce comportement vis-à-vis des scientifiques ne vaut que pour la question climatique. Dans tous les autres domaines ils sont respectés et écoutés. Mais pas à cet endroit bizarrement. Il est vrai que les scientifiques ne sont pas des communicants et qu’ils n’osent jamais affirmer à 100% les choses. Mais quand on sait que dans leur langage « probable » veut dire sûr à 99% eh bien ça change la donne ! Et en fait, ils sont tous d’accords sur les évolutions climatiques à venir : la température monte indéniablement. Ils en sont même à valider des scénarios à +4°C d’ici 30 à 40 ans, sachant qu’à ce stade même notre survie est difficilement envisagée. Vagues de chaleur, montée des eaux et extinctions des espèces animales et végétales à plus de 40% tissent notre avenir sans aucun doute possible.

Agir ?

Alors comment nous motiver, nous et notre cerveau j’entends, à réagir face à cette menace impalpable mais certaine à moyen terme ? 

Il faut d’abord que nous soyons séduits par une communication et surtout un communicant qui soient parfaits et fiables. Nous avons besoin de personnes à qui nous pouvons faire confiance, en adéquation avec nos valeurs (et donc celles de notre groupe), qui nous touchent émotionnellement et qui nous raconte une belle histoire. Car les images, les histoires et les métaphores touchent notre cerveau émotionnel, celui-là même qui nous pousse à agir.

Notre cerveau est extrêmement réfractaire à perdre ce que nous avons déjà acquis. Et malheureusement les discours aujourd’hui tournent beaucoup autour de ça : achetez des voitures plus petites qui consomment moins, chauffez moins vos maisons, prenez moins l’avion pour vos vacances,…bref diminuez votre confort.

Alors qu’un discours nous dépeignant ce que nous allons (re)gagner pourrait nous motiver. Attention, il ne s’agit pas non plus de tomber dans l’optimisme effréné qui pourrait faire disparaitre la menace à nos yeux. Il s’agit d’élargir le champ de notre vision du changement climatique qui est une question environnementale mais aussi une question de ressources énergétiques, de questions économiques, de santé et de droits sociaux. Et c’est vers cet ensemble qu’il nous faut avancer, un futur qui inclut une vie meilleure sur tous les plans. Et il va bien falloir que nous comprenions que ce n’est pas parce que nous réalisons une seule action que nous avons le droit de nous dédouaner sur autre chose. C’est à dire que ce n’est pas parce qu’on éteint bien toutes nos lumières dans la maison et qu’on fait du compost qu’on a le droit de prendre l’avion toutes les semaines en ayant l’esprit tranquille.. 😉

Il va bien falloir finir par accepter que nous sommes tous responsables et que nos actions améliorent ou empirent le phénomène climatique.

Quand je dis plus haut regagner il s’agit en fait de restaurer ce que nous avons perdu. Restaurer notre qualité de vie au niveau environnemental (biodiversité, écosystèmes, qualité de nos terres et forêts), au niveau social (qualité de vie au travail, valeurs, sens), bref revenir à un monde plus juste et plus équitable où l’ensemble des richesses serait mieux partagé. Revenir à des valeurs de coopération plutôt que de concurrence afin de créer une vie meilleure pour nos enfants et nous dans le futur en termes de santé, sécurité et prospérité. Travailler en groupe vers un but commun renforce notre sentiment de « servir » une cause et d’obtenir des résultats.

Solution ?

C’est donc un travail coopératif et transversal qui pourrait nous sauver des conséquences désastreuses du réchauffement climatique. Un élan solidaire qui ne se lancera qu’avec la possibilité d’obtenir mieux qu’aujourd’hui.

 

Ce que j’ai aimé dans ce livre :

  • Une enquête extrêmement documentée et argumentée, réalisée par un auteur ouvert aux discours contradictoire.
  • Une approche scientifique de nos réactions et une compréhension de nos cerveaux et donc de nos comportements sociaux très intéressante.

Ce que j’ai moins aimé :

  • Presque trop documenté, le livre est lourd et du coup noie un peu le sujet.
  • Ça coupe quand même bien l’optimisme, on n’a pas envie d’entendre ça, il faut bien le dire  😕 

Si vous avez envie de lire ce livre, vous le trouverez ici :

Laissez un commentaire